Israël Shamir:
«Notre devoir est de dire ce que l’on croit juste»
Interview de Silvia Cattori
Pourquoi cette sorte de conspiration du silence autour d’Israël Shamir
?
Est-ce parce que ses idées seraient scandaleuses ? Ou parce que ses
dénonciations viseraient juste ? Israël Shamir est une voix parmi
d’autres.
Une voix forte. Faut-il la censurer ?
Ces questions m’ont amenée à le rencontrer. Et à
me dire que donner la parole à un Israélien qui se bat avec ses
idées et sa sensibilité, en défense des Palestiniens, doit
avoir sa place dans le débat.
D’origine russe, de nationalité israélienne, Israël
Shamir vit à Jaffa, en Israël. Accusé d’antisémitisme,
par ceux-là mêmes qu’il dénonce, l’homme ne
se laisse pas intimider. Ses idées jettent une lumière crue sur
le système raciste d’apartheid et de domination qu’Israël,
a mis en place. Mais aussi sur les dangers que le monde encourt s’il ne
se rebelle pas contre ces agents pro - israéliens qui, partout dans le
monde, soutiennent l’indéfendable et ne font qu’exacerber
les conflits.
Silvia : M. Shamir, je vous remercie d’avoir accepté cette interview.
Vous
êtes aimé des uns, détesté des autres. Le fait est
que vos opinions en
révulsent plus d’un. Et pas seulement en Israël. Cela ne vous
préoccupe pas ?
I.Shamir : Nous sommes en guerre. Nous sommes au début de la troisième
guerre mondiale. Ce n’est pas le moment de faire de gentils discours.
Ce que je dis doit être dit. Ce serait étrange si je racontais
des histoires à l’eau de rose, alors que la guerre fait rage, en
Palestine et en Irak. Ce qui me préoccupe c’est ce qui risque de
se produire contre l’Iran et la Syrie.
Silvia : Vous pensez que l’Irak n’est pas assez? Que les Etats-Unis
ne vont pas s’arrêter là?
I.Shamir : Je crois qu’ils veulent aller plus loin. Ce ne sont, ni la
perte de
quelques hélicoptères, ni la mort des soldats qui vont les freiner.
Les boys qu’ils ont envoyé se battre là-bas, sont issus
de milieux défavorisés. Du moment qu’il n’y a ni des
Juifs ni des enfants de familles privilégiées qui se font tuer,
cela ne les touche pas.
Silvia : Quelle est la part d’Israël dans cette volonté de
domination ?
I.Shamir : Ce n’est pas Israël qui dirige. Ce sont les dirigeants
Juifs américains et tous ceux qui, aux Etats-Unis, adhèrent à
leurs idées. Ce sont eux la source des grands malheurs que nous connaissons
aujourd’hui.
Silvia : Vous voulez dire que leur volonté est de créer des troubles
partout ?
I.Shamir : Oui, partout. Nous voyons qu’ils mentent tout le temps. Nous
devons toujours garder à l’esprit que ces gens ne disent jamais
la vérité.
Silvia : Quel est l'intérêt de déclencher une troisième
guerre mondiale ? Quel est le but final ? A qui cette guerre profiterait-elle
?
I.Shamir : La troisième guerre mondiale vise à établir
un grand empire judéo-américain, pour subjuguer le monde, pour
tuer l'esprit, compléter le déracinement de l’homme, selon
les mots de Simone Weil.
Silvia : Vous combattez l’occupation israélienne et soutenez la
création d’un seul Etat en Palestine/Israël. D’autres
le font aussi. En quoi ce que vous dites se distingue-t-il de ce que d’autres
affirment ?
I.Shamir : Dire que l’on est contre l’occupation, ce n’est
pas suffisant. Ce slogan n’est pas approprié. Sharon lui aussi
affirme être contre l’occupation. La fin de l’occupation ne
résoudra pas les problèmes. Ce qu’il faut obtenir est le
démantèlement de l’apartheid, rien de moins. Si on veut
en finir avec l’apartheid, qui discrimine les non Juifs, la solution doit
passer par un Etat unique qui assure des droits égaux à toutes
les communautés. Donc je soutien l’idée d’un Etat
pour tous les Palestiniens, natifs et adoptifs !
Silvia : Qu'en est-il des lignes de fractures dans la société
israélienne ?
I.Shamir : Cela consiste en de nombreuses petites communautés, mais le
schisme est important se situe entre les "Israéliens" - que
sont les colons d'avant 1950 et leurs enfants - et le reste. Les "Israéliens"
sont la minorité
dirigeante.
Silvia : Faut-il soutenir plus activement depuis l’extérieur les
Israéliens qui se battent contre la politique d’oppression de leur
gouvernement ?
I.Shamir : C’est une bataille très importante ici. Mais la bataille
ne pourra
jamais être gagnée ici aussi longtemps que vous n’aurez pas
gagné chez vous. Il est plus important que, dehors, les gens s’engagent
à combattre les pro-israéliens qui, dans leurs pays respectifs,
appuient et protègent Israël. C’est aux Etats-Unis, mais aussi
en France, en Allemagne, en Italie, pour ne citer que ces pays, que se situent
les plus grands enjeux. C’est donc dans ces pays là qu’il
faut lutter et combattre ces agents pro-israéliens, de toutes vos forces.
Silvia : Dans le monde d'aujourd'hui, où les Etats-Unis dictent le ton,
quelle probabilité peut-il y avoir que leurs dirigeants changent d'attitude,
cessent de soutenir aveuglément Israël ?
I.Shamir : Une probabilité très faible. Les candidats aux élections
sont en compétition pour afficher leur amour et leur loyauté aux
Juifs. Les choses pourraient changer - mais pas si facilement - lorsque les
Etats-Unis seront isolés, lorsque le dollar s’effondrera, lorsque
l’Europe trouvera ses alliés à l’Est plutôt
qu’à l’Ouest, lorsque l’esprit se réveillera,
alors oui. Cela peut changer demain. Mais il n’y aura jamais aucun changement
par la foire des élections aux Etats-Unis. Les décisions doivent
être prises par la France, l’Allemagne, la Russie, le monde de l’Islam,
la Chine.
Silvia : Le camp de la paix, les accords de Genève, la déclaration
de Jérusalem, qu’apportent-ils comme contribution ?
I.Shamir : Ce que font les gens qui se battent ici en Israël c’est
peu, c’est loin d’être assez. Combattre l’occupation
ne suffit pas. L’Etat d’apartheid d’Israël doit être
banni comme il l’a été en Afrique du Sud. Si demain Israël
proclame la fin de l’occupation en Palestine, un Etat indépendant
avec des petites enclaves, cela ne règlera rien du tout. Le problème
c’est l’apartheid. Quant aux accords de Genève, on en a vu
d’autres. Ces accords ne servent à rien. La déclaration
de Jérusalem ne sert à rien. Toutes ces initiatives ne veulent
rien dire. N’amènent à aucun résultat.
Silvia : 350 ‘000 Israéliens ont signé le texte qui refuse
un Etat aux Palestiniens. Cela a-t-il une quelconque signification ?
I.Shamir : Cela ne veut rien dire. L’idée d’un Etat palestinien
n’est pas une bonne idée. Je ne m’occupe pas de savoir combien
de gens son contre.
Silvia : Comment vos opinions sont-elles reçues en Israël ?
I.Shamir : Je ne suis pas publié dans la presse israélienne, en
hébreux. Mais je suis toujours publié dans les médias locaux
de langue russe.
Silvia : Vous êtes sur une liste noire ?
I.Shamir : Oui, depuis 1993. Pour avoir appelé au retour des réfugiés
palestiniens.
Silvia : Agissez-vous dans le cadre d’un mouvement ?
I.Shamir : J’essaie de favoriser un lieu de rencontre entre les extrêmes.
Silvia : C’est là toute votre ambiguïté peut-être
?
I.Shamir : Probablement. Mais unir toutes les forces est une absolue nécessité.
Selon la dialectique d’Hegel des idées extrêmes peuvent se
rencontrer sur certains points.
Silvia : Juif émigré en Israël depuis plus de quarante ans,
vous sentez-vous Israélien ?
I.Shamir : Ce genre de sentiment n’existe pas ici. Israël n’est
pas un pays homogène. Il y a plusieurs communautés qui ont leurs
idées propres. Je ne sais pas à quelle communauté j’appartiens.
Mais si je dois répondre à votre question je dirais que je me
sens appartenir à la communauté russe, qui est ici une communauté
forte d’un million de personnes.
Silvia : Les soldats d’origine russe qu’Israël envoie sévir
en Palestine, se montrent souvent d’une rare cruauté, ai-je constaté.
I.Shamir : Ils ne sont pas plus cruels que les autres. Parfois oui.
Silvia : Le silence des Israéliens en général, quant aux
abus de leurs soldats en Palestine vous surprend-t-il ?
I.Shamir : Il faut savoir que la société israélienne est
fondée sur de fausses bases. Cette attitude de déni persistera
jusqu’au jour où les Israéliens finiront par comprendre
que l’unique porte de sortie est la fin de l’apartheid, est d’accepter
de vivre sur cette terre de façon égalitaire. Cette absence de
considération humaine en Israël, face à tant d’injustices
contre les Palestiniens, est possible parce qu’il y a dans l’esprit
des gens ici, cette idée si profondément ancrée, qu’il
existe entre juifs et non juifs des différences aussi grandes qu’entre
humains et animaux.
Silvia : Vous touchez là un point crucial. Vos éditeurs en France
ont fait l'objet de menaces de la part de la Licra qui vous accuse d'antisémitisme.
Craignez-vous que bientôt plus personne ne veuille accepter de diffuser
vos écrits, si vous persistez à dire ce que vous dites ?
I.Shamir : 3000 exemplaires de mon livre « L’autre visage d’Israël
» ont été brûlés, en effet.
Ceux qui cherchent à faire taire par l’anathème et l’intimidation
les gens qui dans le monde partagent mes idées, démontrent clairement
que ces idées ont frappé au bon endroit, qu’elles ont mis
l’accent sur des points où ces «forces » se savent
vulnérables. Et je vous ferai remarquer que Norman Finkelstein avant
moi a fait l'objet des mêmes manoeuvres d'intimidation; il n'empêche
que son livre "L'industrie de l'holocauste" n'a pas été
réfuté, et qu'il a été d'autant plus lu qu'il a
été dénigré par nos ennemis.
Silvia : Dans ce contexte passionnel n’y a-t-il pas une autre manière
de dire les choses ?
I.Shamir : Ils ne tolèrent aucune critique. Il y a de leur point de vue
une manière « acceptable » de parler d’Israël.
Si vous dites qu’en Israël il y a quelques problèmes, mais
qu’hormis ces petits problèmes, comme l’occupation, les choses
ne vont pas si mal, vous n’aurez pas d’ennuis. Donc vous devez dire
avant toute chose que les Juifs sont « wonderful ». Moi je dis non
et non. Je ne me plie pas à cette façon de dire les choses. Voilà
pourquoi on veut me faire taire. Je dis que les Juifs ne sont pas « wonderful
» du tout. Je ne parle pas des Juifs en tant qu’êtres humains.
Je parle des idées dont ils sont porteurs ; du paradigme juif, qui à
mon avis est totalement néfaste. Or, si Israël est une sorte de
point focal de ce paradigme, nous sommes en présence d’un phénomène
qui est bien plus vaste. D’un phénomène qui ne se limite
pas à la question palestinienne. Je me réfère à
un tout, qui n’est pas localisé à Jenin ou à Naplouse.
Il s’agit de quelque chose qu’il faut prendre en compte aussi bien
à Paris qu’à Genève. Quand, chez vous en Europe vous
attirez l’attention sur des personnages comme Alain Finkielkraut, vous
avez vu juste.
Ce genre de personnage, est, par ses positions, partie prenante de l’oppression
israélienne. Aussi longtemps que les gens n’auront pas compris
que ces personnes - qui ont constamment accès aux médias et agitent
l’opinion autour de l’antisémitisme - font partie d’un
tout, qu’ils sont partie de toute une machinerie qu’il faut combattre
absolument - une machinerie que nul n’est autorisé à voir
comme telle - ils ne seront pas en mesure de lutter à bon escient.
Silvia : Qu’est-ce qui vous a amené à une pareille confrontation
?
I.Shamir : J’étais juif originellement. J'ai fait acte de conversion
au christianisme il y a un peu plus d'un an. Mais il ne s’agit pas de
ce que l’on est à la naissance. C’est quelque chose qui est
plus profond que l’idéologie.
L’homme a un enracinement profond dans la chose théologique. Il
y a toujours une profonde implication théologique dans le fondement de
toute culture. On croit souvent que ces problèmes peuvent être
mis de côté. Mais les choses profondément enracinées
finissent par remonter à la surface tôt ou tard. Ces croyances
font partie d’une lutte éternelle. Mais aujourd’hui elles
sont devenues plus fortes que quoi que ce soit d’autre. C’est ce
que vous êtes en train d’expérimenter en France et partout
ailleurs où les idées juives s’imposent. Et nous l’expérimentons
ici aussi. Nous mettons ici le doigt sur certains aspects qui doivent êtres
connectés. Les Juifs ont des mauvaises croyances. Comme cette idée
qu’un non juif ne doit pas être traité comme son propre voisin.
Cette idée a fini par s’imposer dans la manière de gérer
les relations dans la société en général. Aussi,
une partie importante de ce paradigme juif consiste à laisser entendre
qu’il faut combattre toutes les autres religions. J’ai appris qu’en
Irak, les Américains vont publier des nouveaux livres d’écoles,
d’où toutes les références au Coran seront bannies.
Silvia : Vous voulez dire que les conseillers pro - israéliens de Bush
ont
partie liée avec cette décision ?
I.Shamir : Les Juifs sont à l’origine de cette idée. Il
ne s’agit pas d’être né avec certains gènes
ou chromosomes, non. Il s’agit d’une idéologie à laquelle
on adhère ou pas. Ces gens qui ont soutenu la guerre contre l’Irak
sont les disciples de L.Strauss, de l’université de Chicago. L.Strauss
est un penseur juif très influent qui a fait école dans ces milieux
néo libéraux. Il a répandu l’idée qu’il
est nécessaire de combattre l’islam et la christianité.
C’est pourquoi dans leur esprit, c’est d’une certaine façon
d’une guerre de religion qu’il s’agit. Eux, en ce moment,
croient qu’ils peuvent vaincre le monde entier. Ce paradigme juif est
suicidaire. Et la société qui se construit là-dessus finira
par s’effondrer. Nous parlons donc d’un vaste effondrement, celui
de toute la civilisation. Ce qui se passe en Palestine est une sorte de projet
pilote du nouvel ordre qui se met en place. Raison pour laquelle il est très
important de le combattre partout. Ce que les occupants font en Palestine et
en Irak est intrinsèquement lié à ce qui se trame en France,
aux Etats-Unis, dans tous les pays. Il est impossible de vaincre ces «forces»
localement. Les Palestiniens ne peuvent pas gagner seuls. Ils ne pourront pas
gagner ici tant que nous ne vaincrons pas dehors, chez vous. Quand M. Prodi
s’excuse auprès d’Israël au nom des gens qui ont désigné
l’Etat hébreu comme une menace, il faut le combattre, au même
titre que Alain Finkielkraut, que je ne connais que par les écrits, soit
dit en passant.
Silvia : Les défenseurs d’Israël ont donc tout intérêt
à faire monter la
tension entre communautés ?
I.Shamir : Oui. C’est pourquoi plus le temps passe, plus ils se montrent
agressifs. L’idée est de provoquer des réactions. Ils poussent
leurs adversaires à se soulever et ensuite ils ont des bons arguments
pour contre-attaquer, pour les confondre, les diffamer. Leur stratégie
est de maintenir haute la tension politique. La stratégie d’Israël
n’est pas différente de celle que pratiquent ses alliés
au-dehors, en France, aux Etats-Unis ou en Suisse. Quand l‘adversaire
est trop calme, Israël envoie des avions bombarder la Syrie. Israël
veut toujours plus. C’est pourquoi il risque d’envoyer, un de ces
jours, ses avions bombarder Gaza ou l’Iran. Et quand il obtient une réaction,
il aura alors de bons prétextes pour riposter de façon massive
et élargir le conflit. C’est de la même façon que
les alliés pro - israéliens procèdent régulièrement
à Paris, à N.Y, partout.
Silvia : Mais quand la vérité éclate ne sont-ils pas en
difficulté ?
I.Shamir : Nous sommes en difficulté, pas eux.
Silvia : Mais les gens ne commencent-ils pas à voir clair ?
I.Shamir : Vous commencez à voir. Mais pas les gens en général.
Il y a une grande lutte qui doit être menée partout. Cette lutte
doit être gagnée. Sans quoi tout le monde connaîtra l'enfer.
Pas seulement ceux qui vivent sur ce morceau de terre, mais la terre entière.
Silvia : Une lutte dirigée contre qui précisément ?
I.Shamir : La plus grande source des malheurs que nous connaissons se situe
aux Etats-Unis. Il faut donc combattre tous ces gens qui dans vos pays représentent
ou défendent ces judéo américains qui vont nous mener en
enfer. Si vous les désignez comme tels, vous les affaiblissez. Il faut
que la France, la Suisse, l’Europe, coupent le cordon, se déconnectent
totalement des Etats-Unis. C’est cet objectif là qu’il faut
atteindre. Il faut comprendre que les Etats-Unis, sous l’impulsion des
juifs américains, ont décidé de commencer la troisième
guerre mondiale. Il suffit de constater avec quelle insistance, en ce moment,
les artisans de cette machination font pression contre l’Iran. Pour combattre
cette guerre judéo américaine il faut faire en sorte que des pays
comme la France se détachent de ces forces.
Silvia : La France s’est déjà passablement distancée,
non ? Que faire de plus?
I.Shamir : Pas assez. Un premier objectif serait qu’en France, en Europe,
des voix fortes s’élèvent pour faire cesser ces attaques
mensongères destinées à nous préparer à une
guerre contre l’Iran. S’ils veulent faire des inspections nucléaires,
Israël doit être le premier pays à visiter. Les européens
doivent refuser toute entrée en matière sur des inspections en
Iran aussi longtemps qu’ils n’ont pas obtenu d’Israël
qu’il en fasse autant. Il faut s’engager à protéger
l’Iran, à protéger la Syrie et se détacher totalement
des Etats-Unis, pour les isoler.
Le deuxième objectif est de combattre cette présence dominante
dans les médias. Ceux qui dénoncent les manoeuvres et les mensonges
des agents pro - israéliens ont pleinement raison. Il est important de
leur démontrer qu’il y a ici ou là, aujourd’hui, des
gens qui sont capables de voir, d’identifier dans les organes de presse
ou les partis politique où se dissimulent les agents qui appuient le
camp de l’ennemi. Ceux qui se dressent pour dire que c’est un faux
débat, qu’il faut les ignorer, qu’ils ne sont pas intéressants,
ils cherchent à les protéger en vérité. Ils sont
les alliés des agents de l’ennemi et, à ce titre, ils doivent
êtres écartés.
Silvia : Ce que vous affirmez ici va vous attirer encore plus de foudres et
d’ennemis ?
I.Shamir : Quand vous répondez aux affirmations mensongères d’Alain
Finkielkraut, Bernard-Henri Levy, André Glucksmann et bien d’autres,
c’est bien, vous avez entièrement raison. Les idées véhiculées
par ce genre de personnages doivent être combattues, doivent être
au centre de la lutte à mener. Ici c’est la guerre des pierres
contre les balles réelles. En Europe, c’est la guerre des idées
qui doit être menée. La guerre des idées est aussi importante
à mener que la guerre des pierres.
Silvia : Etes-vous nombreux en Israël à voir les choses ainsi ?
I.Shamir : Je ne sais pas. Je ne voudrais pas tabler là-dessus. L’approche
des Juifs est de se considérer comme une force bénéfique.
Or, dans mon opinion, ils ne sont pas bénéfiques du tout. Tout
au contraire, ce sont des forces dangereuses. Quand je dis « forces»
je ne parle pas de toute la population. Il y a une différence entre les
gens et les projets de ceux qui sont au commandement général.
Il s’agit de la volonté d’une haute entité qui peut
s’exprimer d’une multitude de façon.
Silvia : Vous semblez parler de forces terrifiantes ?
I.Shamir : Oui, vous avez raison, elles sont terrifiantes. Mais cela dit, il
est possible de les vaincre. Dès l’instant où l’on
reconnaît la force de son adversaire c’est facile de le vaincre.
Si vous gagnez en Europe, on peut gagner ici.
Silvia : Avez-vous peur ?
I.Shamir : Je n’ai peur de rien. (Rire) Pourquoi dois-je avoir peur ?
Notre devoir est de dire ce que l’on croit juste.
Silvia : L’idée demeure que pour tous ceux dont l’intérêt
est d’apporter un soutien aux va-t-en guerre israéliens ou américains,
vous êtes l’homme à abattre.
I.Shamir : Vous avez pu constater que je suis une personne douce et sereine.
Jérusalem, décembre 2003